Dieu est admirable dans ses saints (Ps 67, 36)

Ces paroles du Psalmiste disent l’essentiel de ce que nous célébrons aujourd’hui. La naissance au ciel de Saint Padre Pio de Pietrelcina. Les 14 et 17 Septembre derniers, nous méditions sur la signification de la Glorieuse Croix de Jésus, puis sur la stigmatisation du Père Séraphique Saint François d’Assise. Le 20 dernier et ce 23 septembre, nous offre l’occasion de contempler la vie de Saint Padre Pio, ce saint de notre temps. De son vivant, le Père Pio de Pietrelcina est demeuré jusqu’au bout dans une relation filiale envers Saint François et s’est efforcé de l’imiter dans son amour très arqué pour Jésus crucifié, et aussi dans la recherche de la « minorité », avec cette humilité sincère qui lui faisait dire : Je suis le plus grand pécheur du monde (cf. Ep II. 186)


Padre Pio de Pietrelcina, le saint que nous célébrons aujourd’hui, se présente à nous comme une belle fleur qui a fleuri sous le regard bienveillant de Dieu. Il se présente à nous comme celui-là qui, sans jamais bouger ou effectuer un long voyage, a été le « saint du Peuple ». Une multitude de personnes ressentent un appel et une attirance spirituelle très fort pour lui. Cette attirance peut être perçue comme une réponse aux besoins de transcendance et du surnaturel qui touche l’homme d’aujourd’hui. Mais au-delà du mysticisme dont certains entourent la vie du Saint, Padre Pio veut nous apprendre à nous mettre à la suite du Christ, Lui l’unique nécessaire dans une humanité incarnée. Sa vie et ses écrits nous offrent le meilleur moyen pour tâter ce qu’il nous incombe de marcher à la suite du Christ jusqu’au sacrifice de la croix. Tout le dispose donc à être pour nous chrétiens, un maître dont les enseignements n’ont qu’un seul but : aimer Dieu, jusqu’au sacrifice de soi.


Saint Paul dans sa lettre aux Galates affirme que : « seule la croix est ma seule gloire » (Gal 6,14). L’apôtre des gentils opère ici une rupture nette, une rupture radicale, humainement impossible, mais possible dans l’Esprit Saint, de qui est née la nouvelle créature qui vit dans le monde nouveau de Dieu, inauguré par la résurrection du Christ : le monde qui sera nôtre pour toujours si nous faisons confiance au Seigneur. Paul invoque, pour ceux qui s’engagent sur cette voie, « la paix et la miséricorde, comme sur tout l’Israël de Dieu » (Gal 6,16), c’est-à-dire le peuple saint de Dieu. De cette manière, Paul est l’écho fidèle des paroles de Jésus que nous avons entendu dans l’Évangile et qui représentent le cœur de tout son message, vie et mission, accomplis sur la croix et définitivement confirmés par Dieu le Père en ressuscitant Jésus d’entre les morts. Jésus, le Fils, nous dit l’Évangile d’aujourd’hui, a tout reçu du Père et ainsi entre lui et le Père il y a un lien de parfaite connaissance mutuelle, une connaissance d’amour pour laquelle personne ne connaît le Fils que par le Père et personne ne connaît Dieu le Père que par le Fils et ceux à qui le Fils veut le révéler. C’est aussi le témoignage unanime des saints : pour arriver à Dieu, il n’y a pas d’autre chemin que Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons découvrir le cœur de Dieu, son attitude envers nous, et non seulement découvrir, mais entrer dans ce cœur. C’est à force d’y entrer que nous apprendrons à imiter la simplicité de Dieu, à l’instar de saint Padre Pio : « Père, je te bénis, car au cœur des tout petits, tu dis que tu es Père » (Luc 10, 21).


La simplicité est un mot qui revient constamment à l’esprit lorsque nous faisons la relecture de la vie du Saint stigmatisé. Cette simplicité, au-delà d’être une vertu, est du point de vue spirituel la capacité de mettre la recherche de Dieu en premier. Laquelle recherche n’est ni l’œuvre de notre intellect, ni celle de notre raison, qui voudrait tout réduire, y compris Dieu, à la mesure des goûts et des préférences. L’Évangile et par ricochet la vie de Padre Pio nous font comprendre que rechercher Dieu en premier, c’est se fait humble et petit. C’est à juste titre que Jésus affirme : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et opprimés, et je vous soulagerai. Prenez mon joug – la croix – sur vous et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos, car mon joug est facile et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28).


C’est dans la simplicité et à l’ombre de la croix que la vocation de Padre Pio s’est accomplie. Dans l’une de ses lettres de 1922, lui-même écrivait cette phrase qui synthétisait bien sa vocation : « J’entends en moi une voix qui me dit assidûment : sanctifie-toi et sanctifies les autres ». Dans cette tâche de sanctification qui était la sienne, il s’est attaché à la prière, en faisant montre de l’infinie miséricorde de Dieu. Il a su tout mettre à profit, à tel enseigne que tout était devenu pour lui une occasion de sanctification. Même au cœur de la souffrance physique qu’il ressentait dans sa chair, il avait confiance en Dieu. En bon maître de vie spirituelle, il nous apprend que : « La vie d’un chrétien n’est rien d’autre qu’une lutte perpétuelle contre soi-même ; et qu’il n’y a pas de floraison de l’âme à la beauté de sa perfection, sauf au prix de la douleur » (Cf. Ep. II, 43). Cette certitude est celle qu’avait déjà Saint Paul et que nous pouvons mettre également sur les lèvres du Saint que nous célébrons en ce jour : « J’ai été crucifié avec le Christ, et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ vit en moi » (Gal 2, 20).


L’exemple de saint François et à sa suite celui de Saint Pio doit nous pousser grandement à l’amour de la Croix : cela ne peut être séparé de notre vocation « Amor Crucis ! ». Les stigmates qu’ils ont reçus du Christ dans leurs corps sont une proclamation perpétuelle de cette exigence, qui doit être considérée comme la première condition pour suivre le Christ. D’ailleurs, dans une période de sa vie dans laquelle le Saint Padre Pio se trouvait dans le désarroi à cause de sa condition physique, il entendit le Christ en croix lui dire : « Sous la croix, on apprend à aimer ; et je ne la donne pas à tout le monde, mais seulement aux âmes qui me sont les plus chères » (cf. Ep I. 339). Cet amour pour la Croix resplendit au plus haut point dans la pauvreté évangélique, qui nous a été laissée par saint François, et après lui par Saint Padre Pio comme un héritage sacré. Les deux stigmatisés prolongent ainsi dans le temps et dans l’espace le mystère de la passion du Christ. Tout comme dans sa passion, le Christ nous a racheté de tous nos péchés, le Saint Padre Pio ne manquait pas de déverser sur les pénitents qu’il recevait au confessionnal, l’amour miséricordieux du Père. Il était un grand confesseur et un père pour une multitude ; un dispensateur de la miséricorde de Dieu qui nous fait renaître chaque jour. A ce titre, il nous enseigne également que la miséricorde est la puissance de Dieu qui fait toutes choses nouvelles, c’est la fidélité de l’amour dans les changements et bouleversements les plus radicaux.


Au-delà de tout ce que nous pouvons retenir de ce maître et à l’école du Christ en croix, trois choses sont primordiales : la prière, la foi et l’Eucharistie.
– L’invitation à la prière ; une prière de louange et de reconnaissance à Dieu, qui nous rendra plus conscients de la nécessité de prier pour le monde entier, de prier pour que toute l’humanité connaisse et accueille l’amour et le pardon du Père et se dirige vers le Père de Jésus et notre Père.
– L’invitation à la foi, une foi mûre et profonde dans le mystère du Crucifix ressuscité comme clé de l’existence humaine et de tout l’Évangile. Le Père Pio nous apprend à accueillir avec foi et amour la loi de la Croix, à tirer le bien du mal, la vie de la mort.
– L’invitation à redécouvrir la puissance extraordinaire de l’Eucharistie, de la communion eucharistique pour notre renouveau personnel, moral et social, et aussi la beauté du sacrement de la réconciliation qui nous rend capables de donner à tous les frères le pardon que Dieu nous donne.
Aujourd’hui, alors que nous nous souvenons de ce saint contemporain, élevons nos préoccupations vers Jésus, non seulement avec nos lèvres, mais avec notre cœur. Croyons que nos prières sont entendues : Dieu notre Père, par ton esprit, tu as élevé Saint Pio de Pietrelcina pour montrer à ton peuple le chemin de la perfection. Tu as fait de lui un pasteur de l’Église pour nourrir tes brebis de ses paroles et leur enseigner par l’exemple. Aide-nous par ses prières à garder la foi qu’il a enseignée et à suivre le mode de vie qu’il nous a montré. Amen !
Saint Padre Pio, Priez pour nous !
 Fr. Romel – OFMCap BENIN

OFMCap.Bénin
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