Homélie prononcée par le frère BERNARDIN BOKO, custode des frères mineurs Capucins au Benin à l'occasion de la profession perpétuelle des frères Sylvestre, Jean-Claude, Brice, Sébastien, Geraldo

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La profession perpétuelle de nos frères Sylvestre, Jean-Claude, Brice, Sébastien, Geraldo : Samedi 10 décembre 2022

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Chers pères concélébrants, frères et sœurs dans la vie consacrée, chers parents (Venus de loin et de près) et bien-aimés dans le Seigneur, nous célébrons dans la joie la solennité de Notre Dame de Lorette. Au cœur de cette solennité, nous rendons grâce au Seigneur pour trois choses : la première est la fête patronale de la maison de formation qui nous accueille, la deuxième est la clôture de son jubilé d’argent et enfin la profession perpétuelle de nos frères Sylvestre, Jean-Claude, Brice, Sébastien, Geraldo. Cette action de grâce se passe sous le regard bienveillant de la Vierge Marie à Nazareth. La Sainte Maison de Lorette nous rappelle l’expérience de la sainte famille de Nazareth. Je voudrais ce matin que cet endroit devienne Nazareth.

Nazareth, lieu d’écoute et d’accueil de la volonté de Dieu

Nazareth, qui signifie étymologiquement verdoyant, rejeton et germe, est le lieu où l’ange Gabriel fut envoyé pour apporter à Marie la plus grande des nouvelles : la bonne nouvelle de l’annonciation. L’évangile de ce jour nous rend contemporains de l’Annonciation où la salutation de l’Ange à Marie est une invitation à la joie : « Réjouis-toi Marie, Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». L’hymne acathiste amplifie cette salutation :

Réjouis-toi en qui resplendit la joie du Salut
Réjouis-toi en qui s’éteint la sombre malédiction
Réjouis-toi en qui Adam est relevé de sa chute
Réjouis-toi en qui Ève est libérée de ses larmes

Réjouis-toi Montagne dont la hauteur dépasse la pensée des hommes 
Réjouis-toi Abîme à la profondeur insondable même aux anges 
Réjouis-toi tu deviens le Trône du Roi
Réjouis-toi tu portes en ton sein Celui qui porte tout

Réjouis-toi Étoile qui annonce le Lever du Soleil
Réjouis-toi tu accueilles en ta chair ton enfant et ton Dieu
Réjouis-toi tu es la première de la Création Nouvelle
Réjouis-toi en toi nous adorons l’Artisan de l’univers

La joie de Marie provient de l’élection divine. Elle a été choisie pour être la Mère de Dieu. C’est parce qu’elle réalise et accomplit la prophétie d’Isaïe dans la première lecture qu’elle « nous conduit à la connaissance du secret de la joie chrétienne, en nous rappelant que le christianisme est avant tout euangelion, “bonne nouvelle”, dont le centre, plus encore le contenu lui-même, réside dans la personne du Christ, le Verbe fait chair, l’unique Sauveur du monde » (Rosarium Virginis Mariae § 20). Pour devenir la Mère de l’unique sauveur, Marie a écouté et a accueilli la volonté de Dieu.

Chers frères, bientôt, vous allez émettre vos vœux perpétuels, je vous invite à demander la grâce de l’écoute comme la Vierge Marie. Il s’agit de « l’écoute qui nous rend attentif à l’autre, qui fait attention aux frères et aux sœurs d’à côté » (Le don de la fidélité et la joie de la persévérance, §7). L’écoute n’est pas optionnelle dans la vie religieuse. Elle est un exercice difficile. Elle s’inscrit dans la perspective de l’écoute synodale. De même que l’écoute synodale est orientée vers le discernement ainsi l’écoute de la personne consacrée a pour but de discerner la volonté de Dieu afin de l’accomplir.

La Vierge Marie a posé une question à l’Ange Gabriel afin d’entrer davantage dans la compréhension de son message : « Comment cela va-t-il se faire puisque je suis Vierge ? ». Cette question va permettre à l’Ange Gabriel de lui étaler le projet de Dieu. Vivre pour réaliser le projet de Dieu est la seule raison d’être d’une âme consacrée. Cette raison d’être nécessite une conversion évangélique. Lorsque nous voyons la manière de vivre de plusieurs religieux, nous pourrions penser que nous arnaquons Dieu. Il n’existe pas un réel désir de conversion. Mais nous sommes des manipulateurs dans l’unique but de voir nos propres volontés devenues la volonté de Dieu. Mais avec la Vierge Marie, nous percevons la richesse d’abandonner sa propre volonté à celle de Dieu. La seule chose qui peut nous préserver de cette arnaque est une intimité grandissante avec le Seigneur.

Nazareth, lieu d’intimité avec Jésus, Marie et Joseph

 

La santa casa de Lorette rappelle la vie quotidienne de la sainte famille de Nazareth. Dans leur vie ordinaire, Marie et Joseph partagent l’intimité de Jésus. Ils vivent sans cesse en présence du Jésus. C’est sous le regard bienveillant de Jésus, Fils de Dieu, que les deux vivaient leur vie de couple. Combien d’âmes consacrées entretiennent une intimité avec le Christ ? Combien d’âmes consacrées prient avec le bréviaire au lieu de réciter le bréviaire ? Aujourd’hui, la vie consacrée peine parce que nous n’avons pas d’intimité avec le Christ. Nous allons à la messe chaque jour, nous prions trois ou quatre fois par jour sans conviction. Sans cette intimité, nous ne pouvons rien faire. Nous allons simplement continuer à vivre une consécration exécrable où la sequala Christi ne sera pas le leimotiv. Notre trésor ne sera pas le Christ mais nos soifs de posséder, de dominer et de nous réaliser sans Dieu.

Chers frères, Sylvestre, Brice, Jean-Claude, Sébastien et Géraldo, il va falloir prendre une décision aujourd’hui. Cette décision donnera de la consistance aux vœux que vous allez professer tout à l’heure. De cette décision dépend votre fidélité. Sr Charles de Foucault a pris la même décision avant vous. Dans sa longue lettre à son père spirituel, l’abbé Huvelin, il écrit : « Ma vocation est d’imiter le plus parfaitement possible Notre-Seigneur dans sa vie cachée de Nazareth ». Saint Charles de Foucault a passé un temps à Nazareth. Il est fasciné par cette bourgade de Nazareth. Jésus y a vécu auprès de Joseph et de Marie une vie cachée, obéissante, pauvre.

La contemplation de Jésus de Nazareth nous fait découvrir les trois dimensions inséparables de l’appellation Jésus de Nazareth : Sauveur de tous, Dieu et Fils de Dieu. Cette contemplation ravive en nous le désir profond d’être des disciples du Christ. Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Le frère Charles de Jésus disait : « c’est par amour que l’on devient disciple et il n’y a pas d’amour sans désir d’imitation ». A Nazareth, Charles de Foucauld est plus particulièrement disciple en « étant avec Jésus ». Il veut lui tenir compagnie comme Marie et Joseph. Être avec Jésus comme Dieu avec nous (Emmanuel), ne faire plus qu’un avec lui, tel est le désir de Charles de Foucauld. Que le Seigneur ravive en vous ce désir.

Ce désir avait été entièrement réalisé par notre père séraphique François d’Assise. Pour François, il ne s’agit pas de regarder le Christ, mais bien de devenir Jésus, de l’imiter jusqu’à en être revêtu, autant que cela peut se faire. Il est à la fois amant et imitateur. Il a imité Jésus dans l’humilité de son incarnation et la charité de sa Passion. Saint Bonaventure écrivait dans Legenda Major : « Lors donc que le véritable amour de Jésus-Christ eut transformé ainsi en sa ressemblance celui qui en était pénétré, […] l’homme angélique, François, descendit de la montagne portant avec lui l’image de son Seigneur crucifié, image non gravée sur la pierre ou le bois par la main de l’ouvrier, mais imprimée en sa chair par le doigt du Dieu vivant ». (Saint Bonaventure, Legenda Major (LM), chapitre 13).

Chers frères Sylvestre, Brice, Jean-Claude, Sébastien et Géraldo, vous allez, tout à l’heure par la profession des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, concrétiser votre désir d’imiter et d’être avec le Christ en choisissant de vivre la Règle de Vie des frères Mineurs et les Constitutions de l’ordre des Frères Mineurs capucins. Vous allez sans cesse être tentés par les trois plaies qui gangrènent la Vie consacrée en Afrique : affaires de mœurs (relations illicites hommes-femmes, prêtres-religieuses, religieux-religieuses) ; détournements financiers (construire sa maison pour faciliter la double vie, profiter d’une situation d’autorité pour acquérir un véhicule luxueux ou des vêtements hors prix) et enfin accusations de sorcellerie. Pour ne pas vous laisser emporter par le vent de ces tentations, il vous faut revenir à Nazareth comme lieu excellence d’échange incommensurable où la nature humaine s’ennoblit sans cesse au contact de la Nature divine et balbutier cette prière du petit frère de Jésus :

« Mon Père,
Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.»

Nazareth, lieu d’admirable échange

A Nazareth, Jésus a appris à vivre avec Marie et Joseph et réciproquement. Ensemble, Jésus Marie et Joseph ont vécu la belle aventure du mystère de l’Incarnation : « Le Verbe s’est fait chair afin que la chair devienne Verbe ». Chers parents, amis et bienfaiteurs de nos heureux du jour, à l’instar de Marie et Joseph qui ont aidé Jésus à faire la volonté de Dieu, je vous demande d’aider vos fils à vivre pleinement leur vocation. Que Dieu vous comble abondamment et à vous tous, venus fêter avec nous la solennité de Notre Dame de Lorette, j’implore sur vous la bénédiction maternelle de la Vierge Marie. Amen.

Frère BERNARDIN BOKO, OFM.Cap

OFMCap.BENIN
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